Retour sur le club de Rome


Le Rapport Meadows sur les limites de la croissances, publié en 1972, est sans doute un des documents les plus controversés et les plus mal connus de l'histoire de l'écologie politique. Rédigé par Donella H. Meadows, Dennis L. Meadows, Jørgen Randers, et William W. Behrens III à la demande du Club de Rome, un think-tank italien qui d'ailleurs existe toujours, il représente la première tentative de modélisation informatique de la trajectoire de la civilisation industrielle.


Et contrairement à ce qui a souvent été affirmé il ne prévoyait pas son effondrement à la fin du vingtième siècle.


Ce que faisait le Rapport Meadows c'est présenter un certain nombre de scénarios quant à l'évolution future de notre société sur la base d'un modèle informatique – World3 – prenant en compte la pollution, l'épuisement des ressources naturelles et de la fertilité du sol ainsi que leurs effets sur l'économie. Ces scénarios n'étaient en rien des prédictions. Ils ne faisaient que décrire les tendances lourdes qui façonneront notre avenir. La quasi totalité de ces scénarios – en fait tous à l'exception d'un seul – aboutissait à un effondrement de la population, de la production industrielle et de l'espérance de vie entre 2030 et 2080, les premiers symptômes apparaissant au cours des deux premières décennies du vingt-et-unième siècle.


World3 ayant été calibré sur les deux premiers tiers du vingtième siècle il est évidemment impossible de jauger sa valeur prédictive en le comparant au passé. Nous avons cependant suffisamment de recul pour comparer ses prédictions à l'évolution de ses trente dernières années. C'est ce qu'a fait le scientifique Australien Graham Turner dans un papier intitulé « A comparison of Limits to Growth with Thirty Years of Reality ». C'est un travail plus compliqué qu'il n'y paraît car, pour rester gérable par les ordinateurs de l'époque, World3 est très abstrait et réunit, par exemple, tous les type de pollution dans une seule variable.


Pour cela Graham Turner examine les trois scénarios clés du rapport de 1972 :

Sandard Run

Ce scénario assume que les tendances observées au cours des années 70 se poursuivent. La croissance économique continue pendant tous le vingtième siècle et les premières décennies du vingt-et-unième. Le modèle montre cependant des tensions croissantes qui aboutissent à un effondrement sous l'effet combiné de la pollution et de l'épuisement des ressources au milieu du vingt-et-unième siècle.

Comprehensive technology

Dans ce scénario, qui correspond plus ou moins aux programmes écologistes, notre civilisation tente de parvenir à la soutenabilité grâce à la technologie. Il suppose que 75% des matières premières sont recyclées, que la pollution est réduite de 25% par rapport à son niveau de 1970 que le rendement des terres est doublé et que le contrôle des naissances est généralisé. Ces efforts ne font cependant que retarder l'effondrement qui survient à la fin du vingt-et-unième siècle.

Stabilized world

Dans ce scénario, le modèle est forcé à l'équilibre en terme de population, de richesse et de ressources alimentaires. Cela suppose des politiques visant à un contrôle strict des naissance et de la pollution, à une limitation de la consommation de biens matériels et à des investissement massifs dans l'agriculture durable au détriment du secteur manufacturier. Dans ces conditions, la croissance économique s'interrompt pour laisser place à une société de croissance zéro et la civilisation industrielle évite l'effondrement, tout au moins jusqu'en 2100.

En confrontant ces trois scénarios à l'évolution du monde au cours des trente dernières années, Turner ne peut que constater que celui qui correspond le mieux est le standard run. Le scénario dit de comprehensive technology est beaucoup trop optimiste pour ce qui concerne la croissance de la production alimentaire et industrielle et la réduction de la pollution. Le scénario dit stabilized world, suppose, lui, le maintien d'un niveau de population, de production industrielle et de pollution qui a déjà été dépassé.

La conclusion de Turner est double :



1° World3 décrit correctement la dynamique de la société industrielle puisque les tendances décrites dans le scénario de base correspondent à ce qui s'est passé au cours des trente dernières années.

2° la civilisation industrielle est sur une trajectoire qui la conduit à l'effondrement au cours de la première moitié du vingt-et-unième siècle.

Les limites du modèles

Ces conclusions ne valent, naturellement que dans les limites du modèle. World3 a, en effet, été conçu à une époque où les ordinateurs avaient des capacités de calcul trop limités, ce qui a obligé à simplifier considérablement le modèle.

La prise en compte de ces limites, cependant, n'invalident pas les conclusions générales du modèle, mais rend le pronostic général plus sombre.


The Archdruid report

John Michael Greer n'est certainement pas ce que l'on appelle  un auteur  meanstream, même aux États-Unis. Il n'en est pas moins une référence pour touts ceux qui s'intéressent à l'avenir de nos sociétés dans un monde aux ressources de plus en plus rares.

Son œuvre n'est malheureusement accessible qu'aux anglophones, un problème que j'entend réparer en mettant sur ce site des traductions de ses textes.

BIBLIOTHEQUE

Vous trouverez ici un certain nombre de documents et des liens vers des livres que tout citoyen voulant se tenir informé des problèmes de notre civilisation.

La plupart sont anglais, ce que je regrette, mais le fait est que c'est en cette langue que s'écrit la recherche aujourd'hui.