De ce côté-ci de thunderdome

The Archdruid Report
30 avril 2009

          
Si vous voulez faire rire les dieux, dit un vieux proverbe, parlez-leurs de vos projets. Les trois ans qui se sont écoulé depuis qu j'ai commencé à poster ces essais en sont un excellent exemple. Quand j'ai lancé The Archdruid Report il ya trois ans, je n'en attendais pas grand choset, et je ne m'attendais certainement pas à me retrouverà parler de Mad Max sur une télévision de Los Angeles.

Pourtant, c'est exactement ce que j'ai fait hier, parler du pic pétrolier tandis que la caméra tournait et que le temps qu'emploie habituellement à ecrire passait (ce qui explique pourquoi cet essai arrive un jour plus tard que d'habitude). Warner Home Video un DVD pour le 30^{\text{\`{e}me}} anniversaire de Mad Max, avec l'habituel assortiment de bonus ; l'un des bonus sera un documentaire consacré à l'avenir dystopien décrit dans Mad Max. Lorsque les producteurs ont commencé à rechercher - comment appeler les experts en avenirs sombres? Des doomologists? - Mon nom est sorti du chapeau, le résultat, après une vague de mails, a été un vol en direction de Los Angeles.

On méprise souvent Los Angeles, et il y a certainement beaucoup de raisons de le faire, la soupe de fumée grise qui s'y fait passer pour de l'air, par exemple, sans parler de la cohue et du brouhaha engendrés par sept millions de personnes entassés dans une modeste vallée côtière coincee entre le désert et la mer. J'ai néanmoins un penchant pourcette ville. Il semble souent que chacune de ces sept millions de personnes n'est là que pour une seule raison - faire de l'argent, autant d'argent que possible et le plus rapidement possible - il est presque agréable de contempler cette cupidité sans masque, dégagée de l'hypocrisie qui la recouvre si souvent ailleurs.

Il n'est aussi pas trés difficiler, en se promenant le long de la Promenade Park à Santa Monica ou en regardant à travers le brouillard industriel, les montagnes tout autour, de deviner ce qu'était ce lieu avant qu'il ne devienne la mère de toutes les métastases urbaines. Il n'est pas trés difficile non plus d'imaginer ce que cette région sera dans quelques siècles, lorsque l'inévitable hécatombe se sera éloigné dans les mémoires et que le ferraillage sera la principale activité de la toute petite population qui continuera à y vivre. Si vous voulez parler d'avenir apocalyptique Los Angeles n'est pas le pire endroit pour le faire.

Ce n'est pas non plus un mauvais endroit pour parler de la manière dont notre vision collective de l'avenir est façonnée par les plus improbables des influences. Si demandez à quelqu'un de lister des sources d'inspiratio crédibles pour l'avenir, il ne citera pas trés souvent un film d'action à petit budget. Pourtant, Mad Max et ses deux suites ont eu un impact extraordinaire sur l'imaginaire contemporain. Suggérez que le proche avenir ressemblera à Zardoz ou à Logan's Run, pour évoquer deux autres films dystopiques de la même décennie, et tous ce que vous recevrez ce sont des regards interrogateurs de la part de ceux qui les ont oubliés, et des fous rires de la part de ceux qui s'en souviennent. En revanche, si vous pensez que nous nous dirigeons vers un avenir “ à la Mad Max ”, vous pouvez être passablement sûr que tout le monde va comprendre ce que vous dites, et qu'au moins certains de vos interlocuteurs seront d'accord avec vous.

Bien sûr, ceci est en partie dû au fait que l'intrigue de Mad Max et de ses suites est plus que familière à tous ceux qui ne se sont pas cachés dans une grotte au cours des deux dernières décennies. Mad Max n'est qu'un film parmi tant d'autres dans les années 70 racontant l'histoire d'un policier dévoyer, à ceci prés qu'il est situé dans un avenir mal défini pluutôt que dans le présent. Le personnage principal est un membre d'une unité d'élite de patrouille routière dont la lutte avec une bande de motards coûte la vie à sa femme et à son fils, le propulsant dans une course vengeresse. The Road Warrior a la même intrigue que quantité de westerns - le pistolero solitaire cherche la rédemption en sauvant une communauté menacée par des bandits - avec une description plus détaillée d'un avenir marqué par l'effondrement de la société et la iolence. Même Mad Max 3: Beyond Thunderdome, qui s'écarte un peu plus des chemins battus, reprends certains des schémas holliwoodiens les plus anciens et les plus fiables.

En tant que cadre de réflexion sur l'avenir, len recours à des formules familières pose de graves problèmes. Pensez à la façon dont l'administration Bush a basé sa politique étrangère sur unetrame essentiellement empruntée aux bandes dessinées de superhéros. Nous sommes les bons, donc tout ce que nous faisons aux méchants est justifié, ils sont les méchants et, par conséquent, leur comportement est motivée uniquement par leur turpitude et rien ne doit être fait pour corriger les excés qu'ils prétendent venger, et tout le monde doit applaudir quand les bons les ecrasent. C'est une histoire bien connue. Appliquez-la à la guerre et la politique dans le monde réel, cependant, et elle se transforme en desastre.

Ceux qui utiliseront le monde de Mad Max de façon simpliste donner un sens à l'avenir courrent le même risque. Certains des thèmes qui y sont présents sont pourtant intéressants. L'effondrement de la civilisation n'est pas une chose soudaine. Dans le premier film, un semblant de gouvernement et de société ordinaire existe encore, même si toutes deux sont en train de se défaire, dans le second, l'ordre civil s'est temporairement effondré au cours d'une folle ruée sur les ressources, et dans le troisième, de nouvelles structures sociales avec leurs propres lois ont commencé à émerger, et d'autres ressources énergétiques sont apparues - je ne connais aucune autre tentative de dépeindre un avenir désindustriel aussi sombrement sombrement réaliste que Bartertown dans Beyond Thunderdome, avec son économie basée sur du méthane obtenu en aisant fermenter du lisier de porcs .

Par ailleurs, je suis désolé de le dire, la violence de l'intrigue du film n'a rien de déplacé. Le livre que j'ai lu au cours de mon voyage à Los Angeles était The Age of Arthur, par John Morris, la seule vraie tentative pour donner un sens, en utilisant les outils de l'histoire, au contexte d'origine de la légende du roi Arthur - l'effondrement, le rétablissement partiel et la défaite finale de la Grande-Bretagne romaine au Ve siècle. C'est un gros volume, mais sa lecture est indispensable pour toute personne qui souhaite se faire une idée de ce à quoi l'effondrement d'une civilisation ressemble réellement. L'effondrement de l'ordre social était une réalité quotidienne à l'époque, Lord Humongous, le chef des pillards, au visage caché par un masque de hockey dans The Road Warrior, a eu un proche équivalent en la personne du pirate saxon Hengist qui a profité de la guerre civile entre les magnats bretons pour ravager la Grande-Bretagne et jeter les basesde la domination anglaise, les écrits fragmentaires qui nous sont parvenus, avec leur description d'une société en proie à la violence, sont largement confirmés par l'archéologie.

Ce qui rend les discussions actuelles sur “ l'avenir à la Mad Max ” problèmatique c'est qu'ils posent comme point de départ l'hypothèse selon laquelle ce genre de désintégration sera universelle. C'est un peu comme de sugérer que tous ceux qui ont vécu au XXe siècle ont dû se cacher dans un abri anti-aérien ou ont été internés dans un camp de concentration. Dans l'avenir auquel nous sommes susceptibles d'avoir à faire face, l'effondrement de l'ordre social sera une réalité dans certaines régions, et les raids et les migrations de masse qui ont emporté la Grande-Bretagne romaine et construit les royaumes de l'Heptarchie anglo-saxonne sur ses ruines pourront se répeter dans certains endroitd, c'est le genre de chose qui arrivent quand les civilisations s'effondrent. D'autres regions, cependant, suivront des trajectoires trés différentes, car une autre chose qui se passe lorsque les civilisations s'effondre, c'est que l'histoire se relocalise. Pour reprendre la métaphore de Thomas Friedman, les civilisations applatissent la Terre, mais il s'agit d'un effet temporaire, lorsqu'elles déclinent, la rotondité revient, et les communautés, autrefois unies dans un vaste ensemble se retrouvent seules à façonner leur propre histoire.

                                   

The Archdruid report

John Michael Greer n'est certainement pas ce que l'on appelle  un auteur  meanstream, meme aux Etats-Unis. Il n'en est pas moins une référence pour touts ceux qui s'intéressent à l'avenir de nos sociéés dans un monde aux ressources de plus en plus rares.

Son oeuvre n'est malheureusement accessible qu'aux anglophones, un problême que j'entend réparer en mettant sur ce site des traductions de ses textes.

BIBLIOTHEQUE

Vous trouverez ici un certain nombre de documents et des liens vers des livres que tout citoyen voulant se tenir informé des problêmes de notre civilisation.

La plupart sont anglais, ce que je regrette, mais le fait est que c'est en cette langue que s'êcrit la recherche aujourd'hui.